djiké naxo - Jardins de l'espoir
Photographies d'Eric Prinvault
Une exposition du Secours populaire français
Pour l’autonomie alimentaire.
Au Mali, l’un des pays les plus pauvres de la planète, des femmes cultivent leur jardin en zone aride. L’alimentation et les conditions de vie des enfants s’en trouvent améliorées.
Pour faire pousser quoi que ce soit, il faut d’abord puiser de l’eau. Mais l’omniprésente chaleur dicte sa loi et il faut sans cesse recreuser, toujours plus profond. Les deux arrosages quotidiens ne peuvent se faire que le matin très tôt et le soir. La journée, les femmes protègent les cultures en les recouvrant de tissus. Le travail d’irrigation est harassant. Il faut constamment transporter l’eau jusqu’aux citernes. Tout autour des puits, les périmètres sont délimités pour que chaque famille cultive ses légumes. L’ensemble du jardin est clôturé par un grillage pour le protéger des animaux. Dans ce paysage aride, tout a poussé : choux, carottes, salades, tomates, piments... Des betteraves aussi, dont les feuilles sont utilisées pour confectionner des sauces. Ici, on travaille en famille. Les enfants donnent un coup de main au jardin. Les plus petits se contentent d’être solidement arrimés au dos de leur maman. Le tout souvent au son de la musique qui sort du poste de radio posé à même la terre.
A Krémis, près de Yélimané, dans l’ouest du pays, Awa est membre du comité de gestion de son groupement qui s’appelle Djaman Kaho. "Nous mangeons désormais beaucoup plus équilibré et tous ces légumes nous apportent beaucoup de vitamines. Nos enfants sont du coup plus forts pour résister aux épidémies. Et avec le ventre plein, ils sont plus attentifs à l’école. Avant, ceux qui avaient dix ans en paraissaient cinq !", assure-t-elle. Ces jardins coopératifs ont vraiment changé les conditions de vie. Avant de pouvoir cultiver elle-même, Awa devait se rendre au marché le dimanche et faire ses provisions pour la semaine. La qualité des produits était souvent moindre. Awa payait deux tomates 100 francs CFA (0,15 euro). Aujourd’hui, c’est elle qui les vend : 100 francs CFA pour huit tomates. Et, surtout, elle peut nourrir sa famille avec ses deux récoltes annuelles qui peuvent produire jusqu’à 5 kilos de légumes tous les deux ou trois jours. Le surplus non consommé est vendu et permet d’économiser, de s’acheter du tissu ou de l’huile. Il faut aussi payer la cotisation, car les groupements sont organisés en coopérative, avec des livres de compte gérés minutieusement. Les effets de ces jardins sont parfois inattendus : «Jusqu’ici, les ruraux avaient un peu un sentiment d’infériorité par rapport aux gens des villes. Et ça, ça a changé aussi», confie Awa.
Autre effet bénéfique : les villageois se sentent moins poussés vers les grandes villes pour y trouver du travail.
Le développement rural, ça se cultive
Depuis mars 2008, le SPF et son partenaire l’AMSCID (l’Association Malienne de Solidarité et de Coopération Internationale pour le Développement) mènent ce projet d’aménagement de 18 périmètres maraîchers dans le cercle de Yélimané. Ce projet soutenu financièrement par la Commission Européenne, bénéficie directement à 1600 femmes membres de groupements. Chacun de ces groupements suit d’abord une formation en technique agricole et en gestion. Les bénéficiaires se recrutent dans la population rurale, particulièrement vulnérable au phénomène de pauvreté (76% contre 30% en milieu urbain). Avantage indéniable : les femmes deviennent davantage actrices du développement local et jouent un rôle accru au sein des instances communales. Et, en Afrique comme ailleurs quand les femmes améliorent leur statut et leurs conditions de vie, les enfants en profitent. Le SPF envisage d’ailleurs de
s’appuyer sur ce réseau de femmes pour mener, avec l’AMSCID, des campagnes de mobilisation sur des sujets comme l’excision ou les mariages précoces qui concernent des enfants de douze ou treize ans.
Daniel Georges, Convergence
Mentions légales | © Secours populaire / Eric Prinvault 2009